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Sensibiliser au cancer de la prostate

Actualités
Édition
2023/37
DOI:
https://doi.org/10.4414/bms.2023.22155
Bull Med Suisses. 2023;104(37):8-9
Data Supplement
News-Auf_den_Punkt.pdf

Publié le 13.09.2023

Prévoyance En 2005, les associations européennes d’urologues et de patients ont déclaré le 15 septembre Journée de la prostate. Cette journée a pour but de sensibiliser régulièrement à la santé masculine et d’informer les hommes sur les maladies de la prostate.
Il n’est pas rare que la prostate soit perçue par les hommes comme un organe «effrayant». Et le flot d’informations contradictoires disponibles sur Internet peut en partie exacerber cette peur. Cette inquiétude expliquerait aussi leur réticence à se présenter à un examen urologique. L’incertitude règne en particulier au niveau des coûts et des avantages du dépistage du cancer de la prostate. Il est donc d’autant plus important que les hommes soient informés de manière transparente et ouverte sur les différents types de diagnostic et de traitement.
Le ruban bleu clair permet d’attirer symboliquement l’attention sur de nombreuses maladies, à commencer par le cancer de la prostate.
© Tolga Ahmetler / Unsplash
Il y a d’abord le taux de PSA. La plus grande étude mondiale, «European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer – ERSPC» – à laquelle la Suisse a pris part –, montre que l’utilisation du PSA peut réduire le taux de mortalité de 20 à 30% [1], mais qu’elle est liée à des surdiagnostics. Grâce à la cohorte d’Aarau, nous savons qu’environ 50% des primo-testés, âgés entre 50 et 75 ans, présentaient un taux de PSA compris entre 0 et 1. 30% avaient un taux compris entre 1 et 2 et 12% entre 2 et 3. Seuls 8% avait un PSA supérieur à 3 ng/ml [2]. Si l’on compare les données d’Aarau, de Göteborg et de Rotterdam, une valeur inférieure ou égale à 2 ng/ml serait normale [2, 3, 4]. «Il existe toutefois une zone grise dans la plage de valeur de PSA de 2 à 10, explique le PD Dr méd. Marco Randazzo, spécialiste en urologie à la clinique Hirslanden d’Aarau. Dans ces cas, nous utilisons d’autres outils pour évaluer le risque et établir un diagnostic.»
Il peut s’agir d’un examen rectal numérique (ERD), où on ne peut que palper la face arrière de la prostate, ou encore – depuis environ trois ans – du test de Stockholm 3. À l’aide de marqueurs génétiques, de paramètres sérologiques et de résultats cliniques, ce test détermine un niveau de risque définissant la marche à suivre. «Les études menées en Suède ont montré que le test permettait de réduire de 30 à 40% le nombre d’IRM et de 8 à 10% le nombre de biopsies nécessaires, sans pour autant compromettre le diagnostic de cancers graves, ajoute le spécialiste [6].»
En outre, les méthodes d’imagerie et les techniques de biopsie se sont améliorées. «Nous utilisons l’IRM combinée aux ultrasons pour mieux détecter les tumeurs significatives, rapporte Marco Randazzo.» Cette technique est beaucoup plus précise et l’intervention moins contraignante.
Si le diagnostic révèle un cancer de la prostate qui nécessite des traitements, notons que les méthodes thérapeutiques se sont également améliorées. Grâce à la robotique moderne, la tumeur peut être enlevée avec moins de pertes de sang et moins de douleurs. «L’opération n’est pas anodine, car l’organe se trouve dans le petit bassin, intégré dans le plancher pelvien, près du sphincter, et peut donc influencer l’érection et la continence, estime l’urologue. Ainsi, l’utilisation d’instruments plus fins nous aident, agrandissent jusqu’à dix fois la zone d’opération et donnent une vue en 3D de l’organe.» De plus, les urologues peuvent utiliser des ultrasons de haute intensité qui ciblent et détruisent la tumeur en douceur, sans trop affecter les tissus environnants. Cette thérapie nommée «High Intensity Focused Ultrasound» est surtout indiquée pour les cancers de la prostate localisés, d’agressivité faible à moyenne.
Enfin, il y a la curiethérapie. «Elle est un peu tombée dans l’oubli, bien qu’elle donne de bons résultats, commente Marco Randazzo.» Cette radiothérapie locale consiste à implanter dans la prostate des petites billes contenant de l’iode 125. Les cellules cancéreuses de la prostate sont ensuite tuées localement par les radiations émises par ces billes. «Cette radiothérapie locale s’avère efficace et a peu d’effets secondaires, explique le spécialiste.»
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme et la deuxième cause de décès par cancer. S’il est détecté à un stade précoce, il se guérit toutefois facilement. Rappelons que tous les cancers ne nécessitent pas de traitement. Bien s’informer et se faire dépister sont certainement les premières étapes. C’est cette prise de conscience que la Journée européenne de la prostate du 15 septembre souhaite promouvoir.
1 Hugosson J et al. (2019) A 16-yr Follow-up of the European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer. Eur Urol. 2019 Jul;76(1):43–51
2 Randazzo M et al (2014) A „PSA pyramid“ for men with initial prostate-specific antigen ≤3ng/ml: a plea for individualized prostate cancer screening. EurUro
3 Franlund M et al (2018) Prostate cancer risk assessment in men with an initial P.S.A. below 3ng/mL: results from the Goteborg randomized population-based prostate cancer screening trial. ScandJUrol52(4):256–262
4 Bul M et al (2011) Prostate cancer incidence and disease-specific survival of men with initial prostate-specific antigen less than 3.0ng/ml who are participating in ERSPC Rotterdam. EurUrol 59(4):498–505
5 Grönberg H et al. (2015) Prostate cancer screening in men aged 50–69 years (STHLM3): a prospective population-based diagnostic study. Lancet Oncol. 2015 Dec;16(16):1667–76
6 Nordström T et al. (2021) Prostate cancer screening using a combination of risk-prediction, MRI, and targeted prostate biopsies (STHLM3-MRI): a prospective, population-based, randomised, open-label, non-inferiority trial. Lancet Oncol. 2021 Sep;22(9):1240–1249

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