À la page

À Genève, un jeune sur sept a des idées suicidaires

Actualités
Édition
2024/1920
DOI:
https://doi.org/10.4414/bms.2024.1398516652
Bull Med Suisses. 2024;105(19–20):8-9

Publié le 08.05.2024

Étude
14,4% des jeunes de Genève présentent des idées suicidaires. C’est le résultat d’une étude populationnelle sur l’idéation suicidaire des adolescents et adolescentes menée aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). L’excès de temps passé devant un écran constituerait un facteur de risque important.
L’addiction aux médias sociaux serait un facteur de risque important de détresse psychologique.
© Savenkomasha / Dreamstime
Sur les 492 adolescentes et adolescents d’un âge moyen de 15,4 ans interrogés entre décembre 2021 et juin 2022 sur leurs pensées suicidaires, 14,4% ont rapporté des idées suicidaires dans les douze mois précédents. C’est ce qu’indiquent les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) dans un communiqué [1].
L’étude, publiée dans Swiss Medical Weekly [2], est basée sur la cohorte de jeunes de SEROCoV-KIDS. Ce suivi populationnel a été conçu pour évaluer l’impact de la pandémie de COVID-19 sur la santé et le développement des jeunes du canton de Genève. Elle rassemble 2210 enfants et 590 adolescentes et adolescents.

Plusieurs facteurs de risque

Comme l’indique Roxane Dumont, doctorante en épidémiologie au Service de médecine de premier recours des HUG et première auteure de l’étude, plusieurs facteurs associés à l’idéation suicidaire ont été identifiés, «en particulier la détresse psychologique élevée (exprimée par 25% des jeunes), une faible estime de soi, l’identification à la communauté lesbienne, gay, bisexuelle (LGB), et le temps passé sur les écrans». Elle a également souligné l’effet protecteur des relations de qualité entre les jeunes et leurs parents.
Un vecteur important d’idées suicidaires et de détresse psychologique serait le niveau d’estime de soi, dans ses dimensions sociales, scolaires, familiales, émotionnelles et physiques. La faible estime de soi a été signalée par 8,3% des 492 jeunes.
L’identification à la communauté LGBTQI+ est également fortement corrélée à l’idéation suicidaire. Selon le communiqué des HUG, ce résultat mettrait en lumière les fortes disparités entre les communautés hétérosexuelles et LGBTQI+ en termes de détresse et de comportements suicidaires, même à un âge précoce. Celles-ci pourraient s’expliquer par des facteurs de stress tels que la discrimination, le rejet social, le faible soutien familial et le harcèlement. Ces éléments seraient conformes aux études qui montrent que les minorités sexuelles présentent des risques plus élevés de dégradation de leur santé physique et psychologique.

L’impact des écrans sur la santé psychique

L’excès de temps passé devant un écran, y compris pour les activités scolaires, a également été identifié comme un facteur de risque important pour les idées suicidaires. Passer beaucoup de temps sur les écrans serait corrélé à la détérioration de la santé mentale et physique des adolescentes et adolescents.
Enfin, l’addiction aux médias sociaux est reconnue, par les scientifiques, comme un facteur de risque important de détresse psychologique. L’utilisation excessive des médias sociaux renforcerait une mauvaise estime de soi, des comportements narcissiques et la solitude. Pour le Dr Rémy Barbe, médecin adjoint responsable de l’Unité d’hospitalisation du Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, «cela est souvent déclenché par la comparaison avec les autres, l’isolement, la diminution des interactions en face-à-face avec les pairs et l’exacerbation du sentiment de la ‘peur de manquer’, qui se réfère à la perception que d’autres vivent une vie meilleure ou font de meilleures expériences». En outre, l’utilisation intensive des médias sociaux conduirait à une plus grande exposition à la cyberintimidation, au «trolling» (perturbation et dénigrement dans la e-communauté) et à d’autres comportements abusifs en ligne, et aurait des conséquences dramatiques sur la vie des adolescentes et adolescents.

L’effet de la pandémie reste peu clair

L’effet du COVID-19 sur les comportements suicidaires reste peu clair. Bien qu’une augmentation des consultations psychologiques fasse l’objet de plusieurs recherches [3, 4], le taux d’idéation suicidaire observé dans cette étude deux ans après le début de la pandémie serait comparable à celui de la période prépandémique.
Le Prof. Dr méd. Idris Guessous, médecin-chef du Service de médecine de premier recours, précise que «cette étude montre l’importance d’un suivi étroit et permanent de la santé des jeunes par le biais des études populationnelles genevoises. Les résultats soulignent combien il est essentiel d’encourager la prévention de la détresse psychologique, ainsi que la qualité du lien avec les parents.»
1 www.hug.ch/medias/communique-presse/geneve-jeune-sur-sept-idees-suicidaires
2 Dumont R, Lorthe E, Richard V, Loizeau A, Fernandez G, De Ridder D, et al. Prevalence of and risk factors for suicidal ideation in adolescents during the COVID-19 pandemic: a cross-sectional study. Swiss Med Wkly [Internet]. 2024 Apr. 28 [cited 2024 May 2];154(4):3461. URL: doi.org/10.57187/s.3461
3 https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/actualites/quoi-de-neuf.assetdetail.23772012.html
4 https://www.projuventute.ch/fr/fondation/actualite/consultations-suicide