Liste Top 5 Chirurgie orthopédique et traumatologie

Organisations
Édition
2024/2728
DOI:
https://doi.org/10.4414/bms.2024.1418727487
Bull Med Suisses. 2024;105(27–28):32-33

Publié le 17.07.2024

Recommandations
L’organisation d’utilité publique smarter medicine et la Société suisse de chirurgie orthopédique et traumatologie (swiss orthopaedics) publient une liste Top 5. Celle-ci énumère les traitements auxquels il est possible de renoncer, selon la devise de smarter medicine: «Moins, c’est parfois plus».
En 2022, la société mère nationale de chirurgie orthopédique et de traumatologie swiss orthopaedics avait chargé ses groupes d’expertes et experts d’élaborer des propositions de recommandations pour Choosing Wisely, qui ne soient pas en conflit avec les recommandations existantes d’autres sociétés de discipline médicale. Dans le cadre de la retraite annuelle de swiss orthopaedics, ces propositions ont été classées par ordre de priorité et cinq recommandations ont été retenues pour la liste Top 5. Les groupes d’expertes et experts se sont chargés de l’élaboration définitive et la liste a été approuvée par swiss orthopaedics lors de la retraite 2023.
Les listes Top 5 indiquent les traitements auxquels il est possible de renoncer sans crainte.
© Devidgrutz / Dreamstime
Aperçu des cinq recommandations:

1. Pas de débridement arthroscopique en première intention pour une gonarthrose [1–4].

La gonarthrose est une maladie dégénérative de l’articulation du genou qui s’accompagne de douleurs croissantes, d’une réduction de la mobilité et d’une diminution de la capacité à marcher. Avec la progression de la maladie, les épanchements et les déformations articulaires augmentent. Par ailleurs, des lésions des ménisques associées, qui sont, soit à l’origine du développement de l’arthrose, soit secondaires à celle-ci, participent à la symptomatologie.
La thérapie conservatrice est le traitement initial de choix. Elle consiste en des mesures médicamenteuses (AINS, éventuellement corticostéroïdes et/ou sulfate de chondroïtine/glucosamine) ou physiothérapeutiques (actives ou passives). Cela permet, dans la plupart des cas, d’obtenir un soulagement adéquat des symptômes. Si le symptôme principal est un blocage articulaire en raison d’une languette méniscale ou de corps libre articulaire, l’arthroscopie peut alors être utilisée avec succès.
Niveau d’évidence: étude contrôlée randomisée de niveau I.

2. Pas d’IRM/scanner en première intention pour les problèmes de hanche (sans radiographie conventionnelle) [5, 6].

Les maladies dégénératives de la hanche sont fréquentes. En cas d’arthrose précoce, une correction chirurgicale de la morphologie articulaire est envisageable alors qu’en cas d’arthrose prononcée, un remplacement de l’articulation par une prothèse, après échec d’un traitement conservateur, sera nécessaire.
Si les radiographies conventionnelles (vue d’ensemble du bassin) mettent en évidence une dégénérescence avancée avec un amincissement significatif de l’espace articulaire (c’est-à-dire de degrés 2 et 3 selon la classification de Tönnis), une imagerie plus approfondie par IRM/scanner sera inutile car le diagnostic est établi sur la base les radiographies conventionnelles.
En cas de questions spécifiques (p. ex. lésions tendineuses associées, déformations morphologiques, patients jeunes), il reviendra au spécialiste de demander un examen complémentaire (arthro-)IRM/scanner.
Niveau d’évidence: ligne directrice basée sur un consensus.

3. Pas d’antibiothérapie empirique en cas de suspicion d’infection orthopédique (chronique) [7].

Les infections orthopédiques sans septicémie mettent rarement en jeu la vie du patient dans l’immédiat. Elles laissent en général suffisamment de temps pour effectuer un diagnostic adéquat et donc traiter l’infection de manière optimale par l’identification des germes responsables. Celle-ci est donc une étape particulièrement importante afin d’introduire une antibiothérapie ciblée, dont la durée sera souvent très longue.
L’administration d’antibiothérapie sans connaissance des germes impliqués est inefficace, voire même délétère.
Dans le cas rare d’une septicémie ou d’autres états mettant en jeu la vie du patient, il faudra toujours chercher à identifier les germes en cause en effectuant des hémocultures et, si possible, une ponction des articulation(s) cliniquement atteinte(s), avant de commencer une antibiothérapie.
Niveau d’évidence: ligne directrice basée sur un consensus.

4. Pas de décompression sous-acromiale isolée sans traitement conservateur infructueux pendant au moins 6 mois [8–11].

La décompression sous-acromiale est une procédure chirurgicale, arthroscopique ou ouverte, qui consiste à traiter le syndrome de conflit de l’épaule par une bursectomie de la bourse sous-acromiale, seule ou en combinaison à une acromioplastie.
Le syndrome de conflit de l’épaule est une atteinte inflammatoire de la bourse sous-acromiale avec ou sans tendinopathie de la coiffe des rotateurs associée, qui entraîne des douleurs lors de l’élévation du bras au-dessus de l’horizontale.
Alors qu’une seule méta-analyse a décrit des résultats fonctionnels légèrement meilleurs après le traitement chirurgical, des études contrôlées randomisées et méta-analyses montrent une amélioration équivalente des douleurs après une décompression sous-acromiale isolée qu’après un traitement conservateur comprenant attente, administration d’AINS, infiltration de corticostéroïdes sous-acromiaux ou différentes approches physiothérapeutiques.
Niveau d’évidence: étude contrôlée randomisée de niveau I.

5. Pas de biopsie de tumeur de l’appareil locomoteur sans une imagerie suffisante, une coordination interdisciplinaire et un geste effectué par un spécialiste expérimenté [12–17].

Toute tumeur de l’appareil locomoteur suspecte d’être un sarcome osseux ou des tissus mous doit faire l’objet d’un examen radiologique exhaustif et spécifique. L’évaluation doit ensuite être réalisée au sein d’un centre interdisciplinaire des sarcomes, où un plan de traitement sera défini. La prise en charge d’une telle tumeur doit toujours débuter par une biopsie, bien que le risque de contamination soit controversé, qui doit impérativement être planifiée avec le chirurgien qui opérera le patient.
Les biopsies percutanées des os et des tissus mous sont le premier choix: elles fournissent un diagnostic histopathologique fiable, augmentent le taux de résections R0, réduisent le taux de réinterventions et diminuent les coûts associés aux complications.
Occasionnellement un diagnostic ne peut être posé lors de la première biopsie, une seconde biopsie permettra dans la plupart des cas d’atteindre cet objectif.
Niveau d’évidence: C (études rétrospectives).

À propos de la société de discipline médicale

swiss orthopaedics est la Société suisse de chirurgie orthopédique et de traumatologie. Elle compte plus de 1000 membres. L’assurance et la promotion de la qualité sont l’une des principales priorités de la société. Pour plus d’informations: www.swissorthopaedics.ch

À propos de smarter medicine

L’organisation d’utilité publique smarter medicine s’engage depuis 2014 contre les soins inappropriés et la surmédicalisation dans le domaine médical en Suisse. Pour atteindre ses objectifs, smarter medicine encourage la discussion et la recherche sur les traitements inutiles. Elle publie du matériel d’information et fournit régulièrement des recommandations au personnel médical ainsi qu’aux patientes et patients dans le cadre de «listes Top 5». Pour plus d’informations: www.smartermedicine.ch
moritz.tannast[at]unifr.ch
lars.clarfeld[at]sgaim.ch
1 Kirkley A, et al. A randomized trial of arthroscopic surgery for osteoarthritis of the knee. N Engl J Med 2008; 359:1097-107.
2 Moseley JB, et al. A controlled trial of arthroscopic surgery for osteoarthritis of the knee. N Engl J Med 2002; 347:81–88.
3 O’Conner D, et al. Arthroscopic surgery for degenerative knee disease. Cochrane Database of Systematic Reviews 2022, Issue 3.
4 Kaelin R, et al. Behandlung degenerativer Meniskusläsionen. Swiss Med. Forum. 2018;18(07):147–153.
5 Mascarenhas VV, et al. The Lisbon Agreement on Femoroacetabular Impingement Imaging-part 1: overview. Eur Radiol. 2020 Oct;30(10):5281–5297. Doi: 10.1007/s00330-020-06822-9.
6 Reiman MP, et al. Consensus recommendations on the classification, definition and diagnostic criteria of hip-related pain in young and middle-aged active adults from the International Hip-related Pain Research Network, Zurich 2018. Br J Sports Med. 2020 Jun;54(11):631–641. Doi: 10.1136/bjsports-2019-101453.
7 Infektionen des Bewegungsapparates: Grundlagen, Prophylaxe, Diagnostik und Therapie. Herausgegeben durch die Expertengruppe «Infektionen des Bewegungsapparates» der swiss orthopaedics und der Swiss Society for Infectious Diseases. Überarbeiteter Nachdruck der 2. Auflage im Eigenverlag swiss orthopaedics, Grandvaux 2016.
8 Lavoie-Gagne O, et al. Physical Therapy Combined With Subacromial Cortisone Injection Is a First-Line Treatment Whereas Acromioplasty With Physical Therapy Is Best if Nonoperative Interventions Fail for the Management of Subacromial Impingement: A Systematic Review and Network Meta-Analysis. Arthroscopy 2022 Aug;38(8).
9 Beard DJ, et al. Arthroscopic subacromial decompression for subacromial shoulder pain (CSAW): a multicentre, pragmatic, parallel group, placebo-controlled, three-group, randomised surgical trial. Lancet. 2018 Jan 27; 391(10118)
10 Nazari G, et al. The effectiveness of surgical vs conservative interventions on pain and function in patients with shoulder impingement syndrome. A systematic review and meta-analysis. PLoS One 2019; 14(5).
11 Blom AW, et al. Common elective orthopaedic procedures and their clinical effectiveness: umbrella review of level 1 evidence. BMJ 2021; 374.
12 Blay JY, et al. Improved survival using specialized multidisciplinary board in sarcoma patients, Ann Oncol. 2017 Nov 1;28(11):2852-2859.
13 Blay JY, et al. Surgery in reference centers improves survival of sarcoma patients: a nationwide study. Ann Oncol. 2019 Jul 1;30(7):1143-1153
14 Crenn V, et al. Percutaneous Core Needle Biopsy Can Efficiently and Safely Diagnose Most Primary Bone Tumors. Diagnostics (Basel). 2021 Aug 27;11(9):1552
15 Pouedras M. Non image-guided core needle biopsies can be used safely to improve diagnostic efficiency for soft tissue tumors. Surg Oncol. 2021 Jun:37:101518.
16 Meek R. Pearls and Pitfalls for Soft-Tissue and Bone Biopsies: A Cross-Institutional Review Radiographics. 2020 Jan-Feb;40(1):266-290.
17 Gronchi A, et al. Soft tissue and visceral sarcomas: ESMO-EURACAN-GENTURIS Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up. Ann Oncol. 2021 Nov;32(11):1348-1365.

Avec la fonction commentaires, nous proposons un espace pour un échange professionnel ouvert et critique. Celui-ci est ouvert à tous les abonné-e-s SHW Beta. Nous publions les commentaires tant qu’ils respectent nos lignes directrices.