Retour sur douze années au Comité central

Retour sur douze années au Comité central

Actuel
Édition
2024/23
DOI:
https://doi.org/10.4414/bms.2024.1470468698
Bull Med Suisses. 2024;105(23):28-32

Affiliations
Experte en communication, FMH

Publié le 05.06.2024

Bilan et perspectives
Après douze ans passés au Comité central de la FMH, Urs Stoffel ne se représentera pas lors des élections générales du 6 juin prochain. L’occasion pour ce pilier de la politique professionnelle de dresser un bilan et de jeter un regard vers l’avenir.
Urs Stoffel, chirurgien de profession et médecin agréé jusqu’à récemment, a été président de la Société des médecins du canton de Zurich (AGZ) de 2002 à 2014. En 2006, il a cofondé la Conférence des sociétés cantonales de médecine qu’il a coprésidée jusqu’en 2011. En 2012, il rejoint le Comité central de la FMH, où il est d’abord responsable du département Numérisation / eHealth. En 2015, il reprend le département Médecine et tarifs ambulatoires, particulièrement exposé sur le plan politique. Acteur incontournable de la politique professionnelle, Urs Stoffel s’apprête à quitter le Comité central après douze années intenses à la FMH. Dans l’entretien qu’il a accordé à Charlotte Schweizer, il revient sur les hauts et les bas rencontrés et partage ses projets d’avenir.
Urs Stoffel, vous avez été membre du Comité central de la FMH pendant douze ans. Avec le recul, comment décririez-vous cette période?
En un mot, des montagnes russes. Ces douze années ont été très intenses. Elles ont été marquées par des hauts et des bas, par la pression et l’agitation. Dans ce travail, nous dépendons très fortement de décisions extérieures, ce qui signifie que nous devons énormément réagir au lieu d’agir. Nous devons faire preuve de souplesse et d’agilité pour nous adapter très vite aux situations les plus diverses. En tant que chirurgien, j’étais heureusement habitué à cela depuis longtemps. Dans l’ensemble, cela a été une période exaltante et aussi très satisfaisante, malgré des défis de taille. Avec le recul, je ne regrette rien. Chaque jour a amené de nouveaux défis, ce qui rendait le travail très varié et passionnant.
Triste et heureux à la fois, donc?
Il y a des choses qui vont beaucoup me manquer, c’est certain. Il va falloir prendre congé, en particulier de mon équipe. Notre collaboration restera gravée dans ma mémoire. D’un autre côté, dans cette fonction, on ne peut jamais faire de pause, il y a sans cesse quelque chose de nouveau qui arrive. C’est beaucoup de sacrifices sur le plan privé. Parce qu’il y a toujours quelque chose à faire, parce que nous devons réagir rapidement et de manière flexible pour faire entendre la voix des médecins. Il y a des moments où l’on se dit que ce serait bien d’avoir un peu plus de temps.
Urs Stoffel revient sur les douze dernières années. Sa conclusion: «Avec le recul, je ne regrette rien.»
Qu’est-ce qui vous manquera le plus?
Sans aucun doute la collaboration avec mon équipe à Olten. Et bien sûr aussi au Comité central. Et avec l’ensemble du Secrétariat général également, avec toutes les collaboratrices et tous les collaborateurs et les collègues. Mais en particulier mon équipe ici à Olten, je pense que c’est la meilleure équipe que l’on puisse souhaiter. En douze ans, je n’ai pratiquement connu aucun changement. Cela soude une équipe. Et sans équipe, rien n’est possible. Le défi de créer quelque chose ensemble est passionnant. Cela va assurément me manquer. Au Comité central également, nous avons bénéficié d’une bonne continuité au cours de ces douze années. Nous nous sommes toujours très bien entendus.
Y a-t-il quelque chose qui ne vous manquera pas du tout?
Vous savez, quand on est sur le départ, on peut se permettre de dire certaines choses, au risque peut-être de choquer. Les séances avec le conseiller fédéral Alain Berset ne me manqueront pas, c’est certain! Elles ont rarement été constructives et sources de confiance. De nouvelles exigences étaient sans cesse à l’ordre du jour. Nous avons aussi reçu beaucoup de critiques de sa part sur notre politique professionnelle. Il était rarement question de collaboration. Presque à chaque fois, on ressortait en secouant la tête. Avec l’OFSP, c’était différent. Il y avait régulièrement de bonnes expériences qui en ressortaient, on sentait une réelle volonté de travailler ensemble.

On ne peut pas concevoir de tarif médical sans la participation des sociétés de discipline.

On a l’impression que les conditions de travail des médecins se durcissent toujours plus.
C’est un métier particulièrement difficile. À l’époque de ma formation postgraduée, le principal problème c’étaient les heures de travail, un nombre d’heures phénoménal. Aujourd’hui, ce sont les tâches administratives qui ont massivement augmenté et qui sont au premier plan. Les heures de travail sont toujours élevées, évidemment, on ne peut pas choisir ce métier si l’on veut travailler de 9h à 17h. Mais ce qui devient de plus en plus difficile, ce sont les conditions qui entourent l’exercice libéral de la profession. Dans le secteur privé, on essaie la plupart du temps de favoriser des conditions de travail attrayantes. Dans le secteur de la santé, c’est tout le contraire. Si on continue sans cesse à imposer de nouvelles contraintes administratives, les personnes qui ont déjà 30 ou 40 ans de métier derrière elles finiront par se dire que c’en est trop et quitteront la profession. C’est là que nous aurons un gros problème. Dans le secteur de la santé, de nombreux fournisseurs de prestations sont des baby-boomers et partiront donc bientôt à la retraite. Parallèlement, en tant que personnes âgées, ils deviennent aussi les principaux bénéficiaires des prestations médicales. En cas de pénurie de main-d’œuvre qualifiée, le problème est donc bien plus grave que dans n’importe quel autre secteur. Si nous ne parvenons pas à faire en sorte que les médecins de premier recours, mais aussi les spécialistes, travaillent au-delà de 65 ans, nous ne pourrons plus garantir la couverture médicale. Et cela sera très, très compliqué.
Est-ce que cela rend aussi le travail du Comité central plus difficile? Les membres de la FMH voient que les conditions d’exercice se durcissent, mais ils ne voient pas ce qui se serait passé si la FMH n’avait rien fait.
C’est très juste, et je peux tout à fait le comprendre. Quand on travaille du matin au soir dans un cabinet et qu’on apprend par les médias qu’il y a encore une nouvelle condition qu’on va devoir respecter, on peut tout à fait se demander ce que fait la FMH. Après tout, nous payons des cotisations. Ce que nous faisons au Comité central est peu visible, mais surtout, ce que nous évitons et empêchons est peu visible. Mais j’en étais déjà conscient après douze ans en tant que président de l’AGZ. On peut aussi comparer cela à la présence d’une armée; la prévention d’une guerre est aussi un succès. C’est-à-dire de tout faire pour préserver une situation et éviter qu’elle ne se détériore. C’est un travail de longue haleine, qui n’est guère visible de l’extérieur. Ce n’est pas très glorieux, j’en conviens, mais il faut savoir vivre avec.
Quel a été, selon vous, votre plus grand succès pendant votre mandat au Comité central?
Quand je regarde en arrière, je vois deux événements marquants. Après l’échec de la proposition tarifaire en 2016, personne n’a vraiment cru que le corps médical parviendrait à mettre sur pied un nouveau tarif médical ambulatoire avec les assureurs. Le fait que nous ayons tout de même réussi à présenter un nouveau tarif ambulatoire en 2019, du moins avec une partie des partenaires tarifaires, est certainement l’un de nos plus grands succès. En 2016, on partait du principe que si l’État n’intervenait pas maintenant, il n’y aurait plus jamais de tarif tel que prévu par la LAMal, créé conjointement par les fournisseurs de prestations et les assureurs. Lorsqu’en 2020, nous avons également réuni à nos côtés une majorité des assureurs grâce à SWICA, beaucoup ont dit que c’était incroyable et totalement inattendu. Cela a été une belle réussite rendue possible par toute mon équipe, avec le Comité central et toutes les personnes impliquées. Savoir se relever après une chute, c’est ça la clé du succès.

En politique professionnelle, nous dépendons très fortement de décisions extérieures et devons souvent réagir rapidement.

Et le deuxième événement?
C’était il y a peu, avec la publication de l’arrêt du Tribunal fédéral sur les fameuses procédures d’économicité. Il était très difficile de trouver un consensus avec les assureurs. Nous avons longtemps travaillé dans ce sens et nous nous sommes battus pour obtenir des évaluations équitables. Et finalement, nous venons d’obtenir un succès qui fera date, à savoir la confirmation que les analyses individuelles sont obligatoires. C’est ce que nous demandions depuis des années, et qui est maintenant confirmé au plus haut niveau par le Tribunal fédéral. En cas d’anomalie statistique, c’était jusqu’ici aux médecins de prouver que leur activité respectait le principe d’économicité. Or la méthode de sélection fournit uniquement un résultat statistique, elle ne suffit pas pour prouver le caractère non économique. Désormais, il faudra le vérifier de manière ciblée, au moyen d’une analyse individuelle, et ce sera à l’assureur de prouver qu’il y a bien polypragmasie. Après tant d’années, nous avons enfin réussi à obtenir qu’il fallait des preuves concrètes et que les bases statistiques ne suffisaient pas pour condamner les médecins. Je suis très heureux que nous ayons persévéré dans l’adaptation de la convention, contrairement à toutes les voix critiques qui disaient que nous devions la résilier.
Ici aussi, la persévérance est la clé du succès. Quel a été votre moment ou votre revers le plus difficile au sein du Comité central de la FMH?
C’est sans aucun doute la votation générale perdue de 2016, et l’échec du tarif ambulatoire (projet TARVISION), qui a été rejeté en même temps par les assureurs, donc par les répondants des coûts. C’était une très grosse défaite, où nous n’avons pendant un moment pas su comment continuer ni quoi faire. Il faut dire que j’ai dû reprendre le département des tarifs ambulatoires quasiment du jour au lendemain et que j’ai dirigé pendant deux ans un double département, à savoir eHealth et les tarifs ambulatoires, à la suite du décès soudain de mon prédécesseur, Ernst Gähler. Suite à cet événement tragique, nous avons tenu une réunion de crise pour savoir qui pourrait reprendre les tarifs ambulatoires. J’avais un certain avantage, car je ne suis pas devenu médecin par la voie directe et que je m’y connaissais un peu avec les chiffres. De plus, j’avais mené pendant des années les négociations tarifaires pour l’AGZ et j’avais aussi eu un mandat de la FMH, avant mon arrivée au Comité central, pour la mise en œuvre et l’introduction du TARMED en 2004.

Nous restons attachés à l’exigence que le TARDOC soit enfin introduit et le TARMED, totalement dépassé, enfin remplacé.

Pourquoi la révision tarifaire prend-elle autant de temps, pourquoi est-ce si compliqué?
Il faut concilier de très nombreux intérêts divergents, parfois contradictoires. Et l’État met plus de bâtons dans les roues qu’il n’aide à trouver une solution.
Y a-t-il quelque chose que le corps médical pourrait améliorer selon vous?
À l’époque, lors du premier projet de révision TARVISION, j’ai sous-estimé l’implication de la base. Les sociétés de discipline médicale et les sociétés cantonales de médecine n’avaient pas été assez impliquées. C’est ma principale conclusion. J’aurais peut-être dû être plus ferme et dire que cette version n’était pas encore aboutie. J’ai repris le département en 2015, et en 2016 nous avons perdu la votation générale. Mais nous avons appris de cette erreur et avons essayé de faire mieux, et je pense que nous y sommes parvenus. J’en profite pour exprimer toute ma gratitude à mon équipe, qui n’a jamais baissé les bras et qui s’est relevée pour repartir de plus belle. Après une aussi grande défaite, il faut savoir persévérer et ne pas se laisser décourager.
Par la suite, Urs Stoffel aimerait à nouveau plus se consacrer à la photographie.
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Une défaite, c’est donc une nouvelle occasion de réussir?
Le constat que la base n’avait pas été assez impliquée nous a amenés à nous dire, au moment de démarrer le nouveau projet, que nous devions vraiment impliquer les sociétés de discipline médicale dès le tout début. Nous avons même convenu que chacune d’elles devait confirmer par écrit qu’elle avait pu s’exprimer et que la solution lui convenait. Nous avons créé un organe décisionnel suprême, un «cockpit», où les médecins prennent pour les médecins des décisions controversées et où tout le monde est représenté, deux fois même, une fois via la discipline et une fois via la société cantonale. Rétrospectivement, c’était une excellente approche. C’est la seule raison qui fait que nous ayons réussi à plusieurs reprises à faire approuver le tarif TARDOC pratiquement à l’unanimité par l’Assemblée des délégués et la Chambre médicale. Un grand bravo à tous les membres du cockpit! Il y a eu beaucoup, beaucoup de réunions, des décisions difficiles, parfois contre sa propre base; tout le monde a dû faire des compromis, c’était très, très difficile, alors «chapeau»! Le fait que la décision n’ait pas été prise ex cathedra, mais au sein même de l’organisation, est la clé du succès. À mon avis, c’est exactement ce qu’il se passe maintenant avec les forfaits. Les forfaits ont été développés à l’aide de données sans l’implication de la base, qui n’a même pas été consultée. Or il faut passer par ce processus long et difficile de recherche d’un consensus. Il faut aller recueillir les différents intérêts, rassembler l’expertise spécifique; cela prend du temps. C’est précisément pour ça que cela n’a pas été fait pour les forfaits.
Quand vous regardez les douze dernières années, y a-t-il quelque chose que vous feriez différemment aujourd’hui?
Cette question me fait penser à un événement qui s’est produit dans ma jeunesse. C’est en effet une question que l’on se pose régulièrement, non seulement en politique professionnelle, mais aussi dans la vie en général: «si c’était à refaire, est-ce que je ferais autrement?» C’est une question vieille comme le monde. À 16 ans, j’ai eu l’occasion d’assister à la première de la pièce «Biographie: un jeu» de Max Frisch. C’est exactement de cela qu’il s’agit: un homme a la possibilité de tout revivre et de décider s’il ferait les choses différemment. Et à la fin, il n’a rien changé. Absolument rien. À l’époque déjà, cela m’avait totalement fasciné et je n’ai cessé de me poser cette question. Est-ce que, avec le recul, on prendrait tout à coup un autre chemin? Aujourd’hui encore, je trouve la pièce de Max Frisch brillante. Et je ne suis effectivement pas certain que je ferais quelque chose de différent. Quand on sait comment ça s’est passé, il y a certes de mauvaises choses qu’on aurait pu éviter, mais il y a aussi des choses qui ne seraient pas arrivées, et qui sont tout aussi importantes dans notre vie. Alors, est-ce qu’on ferait vraiment autrement, c’est une grande question.

Avec le recul, je ne regrette rien. Chaque jour a amené de nouveaux défis, et c’est ce qui rendait le travail passionnant.

Lorsque j’ai passé l’examen fédéral, nous avons eu l’énorme privilège d’entendre Max Frisch prononcer la laudatio lors de la cérémonie de remise des diplômes. Nous étions tous assis là, fiers d’avoir réussi. Le monde nous appartient, pensions-nous. Max Frisch a commencé son discours par ces mots: «Je vous félicite pour ce grand succès. Mais tant que c’est l’université qui vous impose des épreuves, c’est que vous êtes encore jeunes. Les vraies épreuves, c’est la vie qui vous les imposera.» Les grands défis sont encore à venir. Avec ces mots, il nous a brutalement ramenés à la réalité et nous a appris l’humilité. Je ne l’ai jamais oublié. C’était un discours unique, qui a ensuite été publié dans la NZZ.
Oseriez-vous faire un pronostic sur le tarif avec lequel les prestations médicales seront facturées en 2030?
D’après ce que je vois aujourd’hui, la facturation se fera avec des forfaits médicalement homogènes, combinés au tarif à la prestation TARDOC. Le tarif à la prestation n’aura pas totalement disparu, même si beaucoup pourraient l’espérer. Pour que les prestations médicales ambulatoires soient représentées de manière appropriée, homogène sur le plan médical, adéquate et conforme aux principes de l’économie d’entreprise, il faut les deux, à savoir une structure tarifaire de base, différenciée et aussi compacte que possible pour les prestations individuelles. Pour cela, il est nécessaire d’établir une liste de l’ensemble des prestations, où les rapports entre les prestations sont équilibrés et harmonisés. Et à côté, il faut de bons forfaits ambulatoires, homogènes, équilibrés et médicalement corrects. Ce qui n’est pas (encore) le cas aujourd’hui, justement parce que les sociétés de discipline médicale n’ont pas été assez impliquées. On ne peut pas concevoir de tarif médical sans la participation des sociétés de discipline, c’est un de mes principaux constats. Il ne s’agit pas de recueillir les moindres souhaits et désirs de tout un chacun, mais il est essentiel de s’appuyer sur l’expertise spécifique des sociétés. En outre, le tarif à la prestation permet de prendre en compte davantage de prestations qui ne sont plus fournies par des médecins, c’est-à-dire l’interprofessionnalité, par exemple les prestations fournies par les infirmières de pratique avancée (APN) et d’autres fournisseurs de prestations paramédicales. Des prestations autrefois fournies par les médecins peuvent aujourd’hui tout à fait être prises en charge par une APN, par exemple. Pour garantir les soins à l’avenir, il faudra en effet que d’autres groupes professionnels prennent en charge certaines étapes du traitement. Mais pour cela, il faut que ces prestations soient incluses dans le tarif, c’est évident. Et c’est ce qui fait pour l’instant défaut.
Le TARDOC a été déposé fin 2023 et la décision du Conseil fédéral est attendue pour bientôt. Les élections générales de la FMH auront lieu le 6 juin. Il semble donc que ce soit le moment idéal pour partir à la retraite. Est-ce que c’était prévu?
Absolument pas. Lorsque j’ai décidé, il y a quatre ans, de me présenter pour un nouveau mandat, nous venions de déposer le TARDOC et je pensais qu’il faudrait encore un an ou un an et demi pour le mettre en œuvre, alors je me suis dit ok, je reste pour soutenir mon «bébé». Je ne pensais vraiment pas que nous serions aujourd’hui encore dans l’attente d’une décision. Lorsque je me suis représenté en 2020, je pensais que le nouveau tarif serait introduit en 2022. Dans ce cas, j’aurais probablement démissionné avant la fin de la législature. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Les choses se passent toujours différemment de ce que l’on pense. Mais nous restons attachés à l’exigence que le TARDOC soit enfin introduit et que le tarif TARMED, datant du siècle passé, que dis-je, du millénaire passé, soit enfin remplacé.
Que souhaitez-vous à la personne qui vous succédera?
Beaucoup de tolérance à la frustration, du plaisir à travailler dans le domaine de la politique professionnelle et à accepter que la solution ne soit pas immédiatement sur la table. Et une volonté tenace de persévérer. J’espère bien sûr que ma successeure ou mon successeur conduira finalement le TARDOC à bon port, c’est tout le mal que je lui souhaite, ainsi qu’à toute mon équipe des tarifs.
«Photographier, c’est comme écrire avec la lumière, faire de la musique avec les couleurs, peindre avec le temps et voir avec le cœur.» Amut Adler, 1951 (traduction FMH).
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Vous avez également dirigé le département Numérisation / eHealth et vous êtes aussi président du conseil d’administration de HIN. Le thème de la numérisation vous a donc toujours accompagné.
Il est toujours important d’impliquer la base, les fournisseurs de prestations et les utilisateurs. Cela n’a pas été bien résolu pour le DEP, mais cela devrait être différent avec le projet DigiSanté. À l’époque, nous avons créé un jalon qui subsiste aujourd’hui encore: le GTIP. C’est un groupe de travail interprofessionnel qui représente plus de 100 000 fournisseurs de prestations et qui est chargé de s’accorder sur des normes communes. Il ne sert à rien de faire pression. La numérisation se poursuivra de toute façon chez les médecins. Mais si l’État veut encourager la numérisation dans le secteur de la santé, je ne comprends pas bien pourquoi il ne crée pas d’incitations positives. On a voulu l’e-mobilité, on a soutenu fiscalement les voitures électriques. On a voulu de l’énergie solaire, on a cofinancé et subventionné les panneaux solaires. Il n’y a que dans le secteur de la santé que les systèmes d’information des cabinets médicaux et le corps médical, qui doit se charger de l’intégration en vue de la numérisation, ne sont pas soutenus par des incitations positives. Ce serait pourtant un investissement judicieux.

C’est pourquoi il faut prendre le temps de faire les choses qui sont vraiment importantes pour nous avant la retraite déjà.

Avec votre départ du Comité central, vous allez avoir tout à coup beaucoup de temps libre; avez-vous des plans ou de nouveaux projets?
J’ai encore quelques mandats et je siège encore dans des fondations. C’est bien aussi de ne pas tout à coup se retrouver «sans rien». Mais oui, j’ai encore un petit projet. Pendant des années, j’ai fait des consultations médicales en parallèle pour des productions cinématographiques. À la fois sur le plan du contenu, pour les questions médicales relatives au scénario, et lors de la mise en œuvre sur le plateau de tournage. Et pendant la pandémie, j’ai accompagné plusieurs équipes de production à travers cette période difficile, j’ai donné des conseils médicaux et rédigé divers plans de protection. L’industrie cinématographique me fascine. J’aimerais aussi recommencer à faire de la photographie. Je ne vais donc pas m’ennuyer, je pense. Mais peut-être que tout se passera autrement. On pense toujours que lorsqu’on aura plus de temps, on fera ceci ou cela, de la peinture, de l’écriture ou des voyages. C’est ce que tout le monde dit avant un départ à la retraite ou une démission. Mais malheureusement, les choses se passent souvent autrement. On ne peut pas tout changer du jour au lendemain et tirer un trait sur les trente dernières années et dire «à partir d’aujourd’hui, je me consacre pleinement à la photographie». Malheureusement, cela ne fonctionne que très rarement. C’est pourquoi il faut prendre le temps de faire les choses qui sont vraiment importantes pour nous avant la retraite déjà.
Il reste fidèle à l’Afrique, sa «deuxième maison», comme il l’appelle.
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Et vos petits-enfants seront certainement très heureux de voir que leur grand-père a désormais plus de temps.
Absolument, et je m’en réjouis. Cela dit, même avant, malgré toutes mes contraintes professionnelles, j’ai toujours pris le temps de m’occuper de mes petits-enfants. Mais bien sûr, cela sera plus facile maintenant.
Quel âge ont-ils?
Le plus grand aura 11 ans et sa sœur 6 ans. En automne, nous sommes allés en Afrique avec toute la famille; ils se réjouissent déjà de la prochaine fois.
Et les voyages, justement? Vous avez mentionné l’Afrique. Beaucoup ne savent peut-être pas que vous avez un lien avec ce continent.
Oui, j’ai eu un projet en Afrique. C’est maintenant terminé, mais je me rends toujours régulièrement en Afrique. Nous allons au moins une fois par an sur l’île de Lamu au Kenya, qui fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est notre deuxième maison. Là-bas, j’ai eu un petit projet d’hôpital.
Vous vous engagez également en tant que membre du conseil de la Fondation Gaydoul, qui se consacre aux maladies physiques et mentales des enfants. Pour quelle raison?
Karl Schweri, le fondateur de l’empire Denner et grand-père de Philippe Gaydoul, est allé à l’école avec mon père. C’est pourquoi la famille Gaydoul, qui a créé cette fondation, m’a demandé si j’accepterais de siéger au sein de la fondation pour y apporter mon savoir-faire médical. Et je suis très heureux d’y participer.
Urs.stoffel[at]fmh.ch

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