Un métier de rêve?

FMH
Édition
2019/36
DOI:
https://doi.org/10.4414/bms.2019.18177
Bull Med Suisses. 2019;100(36):1181

Affiliations
Dr, responsable du département Prestations et développement professionnel

Publié le 04.09.2019

Souvent, je suis interpelé par des parents qui me demandent si leur enfant a raison de choisir la médecine pour ses études. Année après année, notre profession est soumise à une pression de plus en plus forte et fait la une des médias, parfois à raison, fréquemment de façon injustifiée. Ma réponse est claire: oui, oui et oui! C’est ce que l’on a dans le cœur qui compte, c’est l’envie qui doit primer, c’est la volonté d’aider son prochain, de faire du bien qui doit l’emporter. Notre profession est avant tout une aventure humaine passionnante, mais reste étroitement liée à un pôle technologique en pleine évolution et à des réflexions constantes sur la place de l’Homme – Mensch – au cours de la vie et à l’aube de la mort. Etre au contact de l’autre, pouvoir lui apporter notre connaissance, l’aider dans son parcours thérapeutique, l’entendre et partager jusqu’à ses secrets les plus intimes, cela est enrichissant et stimulant. Pourtant, tout n’est pas rose et idéal dans notre travail de tous les jours. Le questionnement sur notre profession et son avenir est important, les souffrances des prestataires de soins palpables et les désillusions sur le métier dans sa réalité quotidienne sont de plus en plus évoquées au grand jour.
Le département Prestations et développement professionnel a pour mission de réfléchir et d’intégrer les interrogations qui s’expriment et c’est pour cela que notre sondage auprès des étudiants pour comprendre et entendre leurs attentes et espoirs est essentiel. C’est à la fois pour présenter la FMH, son rôle, ses activités, mais aussi et surtout pour intégrer la vision de la génération des millénials et ses envies. Parallèlement, ­l’ASMAC examine en direct les conditions de travail de nos jeunes collègues au cours de leur formation postgraduée. Les associations et les organisations médicales, chirurgicales et cantonales ont de fréquents retours des médecins et de leurs difficultés concernant la réalité du quotidien. C’est l’intégration de ces données, de ces réflexions et des réponses à apporter qui doit former un continuum pour pouvoir avoir la cartographie exacte de l’exercice de notre profession en Suisse. Nous devons veiller à fournir et assurer à l’ensemble des prestataires de soins des conditions de travail les plus optimales possibles. Et cela bien évidemment pas uniquement pour les médecins, mais pour toute la filière interprofessionnelle.
Le monde politique veut piloter le nombre de médecins en limitant de façon figée les médecins installés. Comment sinon expliquer aux étudiants et aux jeunes collègues qu’ils pourraient, après 10 à 12 ans d’études et de formations payées par la collectivité, ne plus choisir entre la possibilité de s’installer en cabinet ou de rester dans les institutions hospitalières? Un non-sens comme celui de la volonté affichée par le Conseil fédéral d’introduire un budget global, qui mène au rationnement des soins comme cela est dramatiquement le cas en Allemagne. Ces décisions, si elles sont imposées, devront être combattues.
Alors oui, entrer dans les études de médecine est un rêve et nous devons y contribuer, c’est notre rôle, à faire que les conditions de travail et l’équilibre entre le temps consacré à ses patients, l’administration et sa vie privée puissent être optimalisés tout au long de la carrière d’un médecin. La féminisation et l’arrivée de la génération des millénials sont autant un accélérateur de réflexions qu’une formidable opportunité non ­seulement pour notre profession afin de redéfinir la vie d’un médecin, mais aussi pour notre pays.

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